Nuit noire *forNever*
Alors, le 20 (janvier), c'était ta fête ; ça fait aussi un mois qu'on a
cessé toute forme de contact. D'où mon humeur un peu lugubre de fin de siècle d'année, gravement désenchantée, avec presque zéro touche d'espoir à l'horizon. Si on fait le bilan de 2007,
nos vies parallèles se résument à ça seulement ? 1 µ-gramme de sourire
pour 50 tonnes de rancoeur non/mal exprimée. C'est d'ailleurs pour
cette raison que j'aime et je déteste à la fois la période des fêtes,
parce que ça se révèle avant tout être souvent une superbe épreuve de
vérité. Une fois passé toute la niaiserie protocolaire de mise pour
l'occasion, les gens finissent par être eux-mêmes et toutes les
histoires de famille mal enterrées ressortent brutalement.
Alors, oui, une fois de plus, j'ai pu mesurer l'infime épaisseur de nos liens et surtout l'incroyable fragilité de notre attachement mutuel. Cette nuit, on devait aller tous les 2 se perdre dans Orléans. Officiellement pour servir de guide et veiller sur moi. Officieusement, pour essayer de parler le plus sereinement possible et apaiser les tensions. Comme un lâche, comme d'habitude, tu m'as plantée sans raison valable, après m'avoir copieusement et gratuitement descendue au téléphone avec ta nouvelle copine.
Alors, là, j'erre dans les venelles d'une ville complètement désertée le soir du 24, presque comme une créature zombiesque. Canon en bandoulière, je shoote le vide, le néant, toi, ce que je veux. Sourire en coin, je prends un malin plaisir à me défouler ainsi, comme si j'avais juste à presser sur la gâchette pour tout effacer. Sentiment grisant de puissance. J'atteins les berges de la Loire et marche désormais d'un pas lent sur le lumineux chemin de halage, un tapis presqu'irréel. La température négative a complètement engourdi mes membres et je me sens hyper-légère. Comme s'il était possible de traverser cette rive à tire d'ailes pour partir loin, comme si j'étais - du coup - libéré de tout le poids du passé et des accidents de parcours.
Alors, maintenant, dans le noir et l'obscurité de nos vies, je repasse mentalement la rétrospective de nos existences entrecroisées. Presque jusqu'à aujourd'hui, j'ai tenté de me persuader que si t'étais mon frère, tu valais forcément mieux que ça, que tu pouvais pas me faire du mal comme ça gratuitement, qu'on serait toujours solidaires, qu'on se protégerait toujours face aux événements de la vie. Le pacte était pour moi implicitement tatoué dans notre chaire. Et puis, à force d'essayer de comprendre le mystère de l'Autre et de chercher une raison et des justifications à des choses qui n'en ont pas, on s'use, on s'égratigne et on s'écorche - souvent au détriment de soi - dans ce dialogue de sourd.
Alors, notre relation s'apparente à une lutte fratricide et l'issue
finale paraît sans ambiguïté. Le nombre de cicatrices qui s'écrivent et
se dessinent sur mon corps sont
toujours plus nombreuses à chaque retrouvaille
affrontement. Chacun à sa manière, nous avons tenté de fuir les
fantômes du passé. On s'est cherchés, on s'est brûlés, on s'est blessés, tels des chiens
enragés. Pire encore, parce qu'on ne sait pas s'aimer, on s'est fait du
mal jusqu'à se
détester passionnément. Parce qu'on n'a pas pu panser complètement les
plaies de notre enfance, on continue
cette lutte à mort avec coups et blessures. Comme si effacer l'Autre
pouvait purifier et faire renaître notre âme. Oui, je t'haime jusqu'à
en souffrir au plus
profond de moi. La fierté a joué son rôle. L'un contre l'autre, on se
croyait invincibles et nous pensions allègrement dépasser l'impasse de
notre vie et sa trajectoire en dents de scie.
Alors, on a tout essayé vainement, afin de prouver à l'Autre qu'on avait réussi malgré tout et fuir à tout prix cette sensation d'étouffer dans une vie trop étroite aux bases fracturées. La triste vérité, c'est qu'on se mentait à soi-même. On ne sait plus se dévisager sans un regard assassin, droit dans les yeux, comme si on cherchait à transpercer l'Autre. Désormais, points de côté et coups au coeur se confondent. De toute façon, de notre relation, j'en ressorts à la fois K.O. et meurtrie. Avec tes griffes, tu as tenté d'atteindre mon talon d'Achille. On aurait pu faire "mieux, mais on a choisi le "pire".
Alors, aujourd'hui, on a mis un terme à Nous. On ne s'y attendait plus mais la bombe à retardement a tout dévasté sur son passage. All is over. TU es devenu un étranger pour moi et peut-être même bien pour toujours. La boucle est bouclée, on a refermé à clé les portes de notre enfance en brisant ce qui nous reliait. Peut-être n'avait-on pas le choix, après tout, pour grandir ? Peut-être était-ce le mieux que l'on puisse faire ? En tous les cas, il est bien trop tard pour regretter. Nos routes se séparent à partir d'ici et une chose est sure : tous ces mots dits et ces larmes versées sont autant de points de non-retour. Comment aurions-nous pu imaginer qu'à nous deux nous formions la définition idéale d'irréversible ?
Juste avant le silence radio, tu me disais que tout allait bien et que tu avais tourné la page ; je doute un peu quand même. Je suis sure que tu mens, sure que tu me manques. Il y a des relations dont on ne peut faire le deuil. On aurait assez de nous pour briller, faudrait juste y croire et le vouloir un peu... Parce qu'on est rien, juste des poussières de vie.
Je t'haime donc je te fuis.
PS : Pardonne-moi de n'avoir pas su dépasser cette gangr'haine et ta violence pour venir te parler au moment où tu en avais le plus besoin, pardon de n'avoir pas su voir ta détresse quand il en était encore temps. Tout ce gâchis pour se fabriquer une armure contre l'autre, au lieu de s'unir ensemble...
2h pour dégeler mes doigts de pied, je comprends mieux pourquoi les gens préfèrent la compagnie d'un flacon de Prozac pour sombrer dans la mélancolie :))
Et le meilleur pour la fin, c'est le plus important, nan !? >>>

































"La famille assassine"
...
Rédigé par: Fée | le 22 janvier 2008 à 05:13
...
Toujours cette écriture émouvante
...
Rédigé par: likka | le 22 janvier 2008 à 06:18