FriendlY
Jeudi soir, les garçons se sont transformés en chevaliers, les filles en damoiselles et les citrouilles en carosses. Au summum de ma féminité, diraient certain(e)s. Moi, ça m'amuse car j'ai l'impression d'être une autre, dans ce bustier et cette jupe longue d'une époque lointaine. Pourquoi s'enfermer dans un rôle ou une identité quand les possibilités sont infinies ? Kaamelott rulez...
Mais ce soir, revoir mon pote Rom. passe bien au-dessus de toutes ces futilités médiévales, aussi festives soient-elles. C'est quand on ne voit plus une personne quotidiennement qu'on se rend compte à quel point une personne peut vous manquer. On a tellement de trucs à se raconter...
Il a amené avec lui, plusieurs nouveaux(-elles) à initier aux rites moyenâgeux... Très vite, je fais connaissance. Toujours autant d'aisance avec les mecs. Par contre, c'est différent avec les autres filles, comme si quelque part, il y avait une sorte d'enjeu... Ce fameux truc trouble à l'intérieur de moi, qui disparaît dès les premiers échanges verbaux.
Vient le moment des danses. Toujours l'occas' de se taper des méga-fous rires car au niveau choré, même après 1 an de pratique (pas forcément assidue), il reste bon nombre de lacunes. Et puis, y a un monde fou dans la salle. Alors, on essaye de suivre au maximum. Lors d'une ronde, chaque gars danse successivement avec une autre fille. Mais, à cause d'une surproportion de mâles, un ami d'mon ami se retrouve plusieurs fois de suite à danser avec des mecs. À un moment, il tombe sur un type qui le colle bien au point de presque plus vouloir le lâcher.
Bref, rien de grave. Quand on revient à notre table, tout le monde le charrie avec cet épisode. Les "tapettes" fusent gentiment. Et je ne suis pas la dernière à en rire. Par esprit de riposte, il balance un "espèce de gouine" à une fille moqueuse. D'aucuns crieraient à l'homophobie. Pour moi, c'est de bonne guerre et ça ne m'atteint pas du tout. Trois millisecondes plus tard, j'ai d'ailleurs complètement oublié.
De façon inattendue, Arno revient vers moi et me murmure :
- désolé, au fait.
- de quoi ? euh, je...
Grillée. Non, pas possible. Je balaye visuellement mes amis. Rom., il n'y a que lui !
Je me retourne et lui lance un regard noir le plus crédible possible, en lui faisant signe qu'il est le prochain candidat pour l'échafaud.
- Rom., tu parles trop !
Il a un petit sourire gêné.
Et je lui balance un clin d'œil, pour lui signifier que l'incident est sans conséquence.
Arno continue :
- mon beau-père est PD et mon frère un grand refoulé...
Le frangin en question est assis juste à côté de moi à ce moment-là. Magicien, il fait depuis plus d'une heure son grand numéro de séduction avec des cartes truquées. Bizarrement, la 1ère fois que je l'ai vu et entendu, j'aurais juré qu'il était gay, mais j'évite de tirer des conclusions intuitives sur les autres : c'est sa vie, ses choix...
On dérive sur Rom. qui dit par provocation :
- moi aussi, j'pourrais être homo...
- oui, ça va on sait que tu es bi.
- non, je suis pas infidèle.
- ???. Aucun rapport. Tous les bis ne sont pas infidèles... Et puis, c'est pas forcément du 50/50 non plus.
Rom. retourne s'asseoir près de sa copine, que ce genre de conversation n'étonne même plus.
Plus tard, à la sortie du vestiaire, les mecs font remarquer :
- y a que des geeks ici. Toi, toi, toi, moi.
- et moi, j'suis un chouïa geekette aussi.
- ah bon, t'es une gameuse ?
- non, j'm'occupe du développement et j'suis aussi graphiste...
- comment qu'on dit ? programmatrice, programmeuse ?
- non, webmastrice lol
Un des types s'embarque dans une discussion à propos d'une relation virtuelle et webcameuse qu'il entretient avec une fille depuis 3 ans. Ça nous fait tous un peu sourire. Encore un qui gamberge sur une Lara Croft...
- pourquoi vous vous rencontrez pas ? comment tu fais pour tenir ?
- j'utilise ma main droite (quelle élégance, j'adore cette expression). Sinon, c'est à cause de ses parents.
On termine le bout de trajet qui nous sépare du métro en tchatant tous les 2.
Apparemment, il est newbie dans l'univers médiéval et serait partant pour participer aux fêtes en rapport qui auront lieu à partir du printemps.
- pourquoi pas, ça dépendra des dates mais ça peut-être sympa.
- ok, tu me files ton numéro pour que je te tienne au courant ? et aussi, pour jeudi prochain.
- euh, j'suis pas sure de pouvoir revenir la semaine prochaine. Bon, mon n°, c'est le 06..., fais en bon usage stp.
- ok, merci, j't'envoie un SMS pour qu't'aies le mien. Bye !
- bye !
Une fois qu'il a franchi les tourniquets, Arno et Rom. explosent de rire :
- bonne chance pour t'en dépêtrer !
- mauvaises langues, c'est en tout bien tout honneur...
- pfff. T'as pas vu les étincelles dans ses yeux et comment il te collait d'un coup ? Il est accroc, c'est clair.
- c'est ça, foutez-vous de moi, et toi Rom, pourquoi t'as craché le morceau sur ma life à Arno et pas à lui ?
- ...
Et merde ! Pourquoi j'ai pas capté tout de suite les intentions du type ? Est-ce que mon radar à pots-de-colle se serait émoussé depuis qu'j'me suis posée sur la planète Goudou ? Grrr, tant pis, je ne le laisserai pas mijoter dans de fausses illusions ; il aura droit au quart d'heure vérité la prochaine fois.
En attendant le métro, Arno reprend la conversation là où on l'avait laissée dans les Caves, plus tranquillement (puisque son frère y est resté pour s'amuser encore) :
- c'est chaud, avec mon frère. Je sais pas comment faire... Il est dans la déni total. (mentir / se mentir, faut vraiment le vivre pour comprendre. Cette impression d'être au pied d'un mur infranchissable et se prendre en même temps une pluie de météorites...j'avoue, c'est n'importe quoi cette allusion à Undead, en plus c'est un navet...)
- t'as pas essayé de le prendre entre 4 yeux et d'avoir une discussion franche avec lui ?
- impossible, il joue au grand frère qui sait tout.
- il a une copine ?
- oui, en plus ! c'est dingue... (pas tant que ça ; ça me rappelle quelqu'unE)
- et t'as pas essayé de le sortir dans des lieux gays ?
- non... Et toi, t'as une copine actuellement ?
- non, pas pour l'instant... J'ai pris conscience relativement tardivement de mon homosexualité et ensuite, j'ai mis un certain temps pour m'accepter. Et c'est pour ça que je n'ai rompu que très récemment avec mon copain.
- et tu cherches ?
- bien sûr ! (tu vois pas Google GV et CG inscrits en lettres rouges sur mon front ?)
- et comment t'as su ?
- ben, j'éprouvais pas de sentiment amoureux pour les mecs avec qui je sortais. Alors que les filles...j'ai toujours ressenti une attirance très forte, que je refoulais (putain, j'en ai marre de toujours parler du passé ; le mode "victime" me gonfle à force. J'ai tellement envie de passer à autre chose).
- t'as déjà couché avec une fille ?
- non, juste des flirts.
- si ça se trouve, t'es bi ?
- vraisemblablement non. (tu te prends pour Madame Soleil ? )
- mais pour l'instant, tu peux pas savoir !
- si. Pas besoin nécessairement d'avoir couché pour déterminer ce qu'on est. (si tu savais, il y a des souvenirs de moments très hots qui laissent des empreintes indélébile, capables de t'ouvrir les yeux et de trancher le débat plus rapidement que n'importe quelle interrogation théorique)
- j'connais des lesbiennes. Ça te dirait que je t'en présente ?
- carrément, avec plaisir ! Toi, tu commences à me plaire :)) Rom., finalement, je ne te couperai pas la langue, t'as de la chance :))




















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